L’Ile des chèvres — Goat Island
Chers amis, (English below)
Septembre fut intense, j’émerge de plusieurs semaines de réflexions et de batailles avec moi-même. Mais je vous rassure, tout va mieux. Il y aura deux parties dans ces nouvelles, une externe et une interne.
Après Rome, j’ai roulé jusque Naples où la soeur d’une amie m’a accueilli, le plan était de prendre un ferry de nuit qui rejoignait la Sicile. De Palerme j’ai rejoint Trapani pour prendre un autre bateau et enfin arriver à ma destination; l’ile de Favignana.
Bloqué dans un camping pour 10 jours, le reste était hors de prix, je fais plusieurs belles rencontres jusqu’à celle d’Aline ( Bikepackeuse Belge), elle me propose de traverser toute la Sicile par les terres via la Sicily Divide. Ravi de remballer ma tente, je la suis elle et ses amis jusqu’au milieu de la route et je continue la deuxième partie avec deux autres italiens, pour terminer seul avec l’Ascencion du volcan Etna jusqu’à 2100m.
La Sicily Divide c’est plié, en redescendant de l’Etna, je m’arrète à Settevoci, communauté d’artistes bohèmes, qui mixe culture et permaculture. Je demande à un grand barbu crolé si je peux poser ma tente pour la nuit, et il m’apprend qu’ils sont en pleine organisation de leur festival annuel, me voilà bénévole dans l’organisation pour 3 jours.
Trop intense, et sachant que je voulais retourner vers Favignana, je sangle les sacs sur le vélo et prend un dernier lunch avec l’équipe, je rencontre Giuseppe, assis à ma droite, il me dit qu’il a un ami à Messina, qui a voyagé à vélo en Afrique, et qui serait surement ravi de m’accueillir. Parfait car c’est là où je dois prendre mon train, merci la providence encore une fois.
Assis dans un café, avec mon vélo et une glace en main, ne sachant pas où dormir car l’ami de Giuseppe ne m’a pas contacté. Je rencontre une cycliste de Londres qui descend l’Italie à vélo, on partage nos aventures, discussions pédales et huile de chaine, merci à elle pour ce moment. Entre temps, le fameux Roberto me contacte et m’envoie sa localisation, je suis le bienvenu chez lui.
Roberto il s’est retrouvé coincé 3 ans sans passeport en Ouganda après avoir milité à vélo pour la paix. Le courant passe bien, il m’accueille et encore une fois, au lieu d’une nuit, je reste une semaine en l’aidant à construire son nouveau vélo tandem, qu’il enmènera sur le Cammino di Santiago, pour proposer des balades aux personnes à mobilité reduite.
En partant de chez Roberto, je découpe en lamelles ma carte de crédit car mes comptes sont vides et faire plus de dettes ne mènerait à rien. Je paye le train et le ferry vers Favignana avec le reste de liquide que j’ai, discussions sur le pont du ferry avec 3 cyclistes plus âgés, avocats à Londres et Milan, impressionnés de mon parcours et moi du leur; on passe un bon moment. J’arrive sur l’ile, heureux d’être de retour et curieux de connaitre le futur de l’aventure.
Je m’installe pour quelques jours chez Emanuele, qui m’accueille avec gentillesse, me demande si j’ai mangé, m’amène une casserole de pâtes et une guitare. Perdu sur le plan spirituel, loin du supermarché et sans argent, j’entreprends enfin mon premier jeune, 5 jours sans manger, uniquement de l’eau avec du sel. J’ai peu d’énergie, je reste dans le noir dans ma chambre, isolé. Mon estomac pour la première fois vide, je vomis de la bile la deuxième nuit, et la troisième, la tentation arrive avec une soirée pizza maison, tiramisu et brownie mais je résiste, le sucre ne m’aura pas cette fois.
Aujourd’hui je retrouve finalement mon énergie, j’ai eu les oeufs, les tomates et les olives les plus délicieuses de ma vie. Je suis assis devant une église et ce soir c’est Ennio qui m’accueille, je l’ai rencontré à une Jam et il m’a proposé de rester chez lui quelques jours. Je n’ai aucune idée du temps que je vais passer de canapés en canapés, j’aimerais quelque chose de plus stable avec plus de responsabilités, mais dans un sens j’ai de la gratitude par rapport à ce que je vis. Fini le non-besoin de l’autre quand on a pas un sou en poche, j’essaye d’aider comme je peux en retour.
Toujours à la chasse de mes peurs et à la poursuite de mes rèves, sans doute avec un peu de folie et d’insouciance mais d’une certaine manière, je reste prudent et j’essaie de garder la foie, même quand c’est difficile. L’année passée j’avais une situation stable et sécure, entourée de personnes incroyables; merci à eux, mais ce sentiment de stagnation et l’envie de prendre la route restait dans mes tripes, donc content d’être ici, entre miracles et galères.
Et je ne crois plus au hasard, ni aux coincidences, je doute sérieusement sur la notion de libre-arbitre car comment savoir quelle sera notre prochaine pensée, le prochain coup de fil, le prochain décès. Le destin par contre, lui me parait réel. C’est sans doute le plus dur, ne rien faire, ne plus résister, ne plus interférer, s’abandonner et garder la foie.
Voilà les amis, un peu de philosophie de comptoir pour terminer, j’espère que vous allez bien et je vous embrasse! Nico
« Bénis sois ceux qui ne possèdent aucun bien, car ils sont libres » Khalil Gibran — Jésus, fils de l’homme.
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Dear friends,
September was intense — I’m emerging from several weeks of reflection and battles with myself. But don’t worry, things are better now. There will be two parts to this update: one external and one internal.
After Rome, I rode down to Naples, where a friend’s sister hosted me. The plan was to take a night ferry to Sicily. From Palermo, I cycled to Trapani to catch another boat and finally reach my destination: the island of Favignana.
Stuck in a campsite for 10 days — everything else was too expensive — I made a few wonderful encounters, until I met Aline, a Belgian bikepacker. She suggested we cross Sicily by land along the Sicily Divide. Thrilled to pack up my tent, I followed her and her friends for the first part of the route, then continued with two Italians, and finished alone with the ascent of Mount Etna, climbing up to 2100 meters.
With the Sicily Divide behind me, I stopped on my way down from Etna in Settevoci, a bohemian artists’ community that blends culture and permaculture. I asked a big curly-bearded man if I could pitch my tent for the night, and he told me they were in the middle of preparing their annual festival. So there I was, volunteering for three days to help with the organization.
It was intense, and since I wanted to make my way back to Favignana, I strapped my bags onto the bike, had a last lunch with the team, and met Giuseppe, sitting on my right. He told me he had a friend in Messina who had traveled through Africa by bike and would probably be happy to host me. Perfect, since that’s where I needed to catch my train. Once again — thank you, providence.
Sitting in a café with my bike and an ice cream in hand, unsure where I’d sleep since Giuseppe’s friend hadn’t contacted me yet, I met a cyclist from London riding down through Italy. We shared our stories, talked pedals and chain oil — thank you to her for that moment. In the meantime, the famous Roberto finally messaged me with his location. I was welcome at his place.
Roberto once spent three years stuck in Uganda without a passport after campaigning for peace by bike. We got along well, and once again, instead of staying one night, I stayed a week, helping him build his new tandem bike, which he plans to take on the Camino de Santiago to offer rides to people with reduced mobility.
When I left Roberto’s place, I cut up my credit card — my accounts were empty, and getting into more debt would lead nowhere. I paid for the train and the ferry to Favignana with the last of my cash. On the ferry deck, I chatted with three older cyclists — lawyers from London and Milan. They were impressed by my journey, and I was impressed by theirs. We had a great time. I arrived on the island, happy to be back and curious about the next chapter of this adventure.
I settled for a few days at Emanuele’s place, who welcomed me with kindness, asked if I had eaten, brought me a pot of pasta and a guitar. Spiritually lost, far from supermarkets and with no money, I embarked on my first fast: five days without food, only water with salt. I had little energy, stayed in the dark in my room, isolated. My stomach empty for the first time, I vomited bile on the second night. On the third, temptation arrived — a homemade pizza night with tiramisu and brownies — but I resisted. Sugar wouldn’t win this time.
Today, I finally regained my strength. I had the most delicious eggs, tomatoes, and olives of my life. I’m sitting in front of a church, and tonight I’ll be staying with Ennio, whom I met at a jam session — he invited me to stay at his place for a few days. I have no idea how long I’ll keep moving from couch to couch. I’d like something more stable, but in a way, I feel gratitude for this situation. Gone is the illusion of self-sufficiency — when you have no money, you learn how much you need others.
Still chasing my fears and pursuing my dreams — perhaps with a bit of madness and carelessness — but in some way, I remain cautious and try to keep faith, even when it’s hard. Last year, I had a stable and secure life, surrounded by wonderful people — thank you to them — but that feeling of stagnation and the urge to hit the road was still burning inside me. So I’m happy to be here, between miracles and struggles.
And I no longer believe in chance or coincidence. I seriously doubt the notion of free will — after all, how could we know what our next thought will be, the next phone call, the next death? Destiny, on the other hand, seems real to me. Perhaps the hardest thing is doing nothing — not resisting, not interfering — surrendering and keeping faith.
That’s it, my friends — a bit of “barstool philosophy” to wrap up. I hope you’re doing well, and I’m sending you a hug!
“Blessed are those who possess nothing, for they are free.”
— Khalil Gibran, Jesus, the Son of Man
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